Note d'intention
Il est un fait historique que la région du piémont des Vosges, au pied du Grand Ballon, connut de nombreuses histoires de sorcellerie. Les procès et les bûchers furent fréquent en place de Rouffach. Hier encore, les marginaux dans certains villages étaient soupçonnés de jeter des sorts, de trafiquer avec le diable, d'organiser des sabbats. Et aujourd'hui, cette tradition semble se perpétuer discrètement...
Il est une colline, entre Rouffach et Orschwihr, où la sorcellerie a semble-t-il été particulièrement active. Son nom déjà roule étrangement aux oreilles : Bollenberg... Déjà occupée au Néolithique, sa géologie très particulière en fait également un site écologique exceptionnel. Ceinturée par le vignoble, elle est coiffée de landes vaguement boisées par endroits. En son sommet se dresse une petite chapelle entourée de trois arbres torturés, dont l'un est régulièrement frappé par la foudre.
En contrebas, Orschwihr est un petit village de vignerons dominé par le Bollenberg. De ses ruelles étroites, on distingue la silhouette fantomatique de la chapelle et de ses trois arbres.
Ce décor paraît finalement idéal pour permettre l'émergence de la sorcellerie, en des temps ou l'imagination se développait facilement pour peu qu'elle dispose d'un terreau favorable : ruelles sombres, arbres menaçants, foudre, plantes mystérieuses, sources telluriques, lieu de culte tour à tour préhistorique, païen et catholique... Et bien sûr, le vin!...
C'est également un décor idéal pour un film. La géographie du lieu comme son architecture ont un grand pouvoir évocateur, et des qualités plastiques renforcées par les couleurs d'automne.
Enfin, le réalisateur du film, Daniel Ziegler, est imprégné de l'atmosphère de ces lieux puisqu'il est originaire d'Orschwihr.
Pour évoquer la sorcellerie en Alsace, nous avons donc tout naturellement choisi cette région. Nous avons également choisi, comme pour notre précédent film ("Cette nuit-là en Alsace", 1999, évocation du Noël alsacien), de mêler fiction et documentaire en appuyant des scènes jouées par un commentaire informatif. Ce commentaire sera cependant loin d'être didactique, et suppléera à l'action de la fiction lorsque les personnages deviendront incapables de rendre compte de la réalité des choses. Il finira même, de façon un peu goguenarde, par dialoguer avec l'acteur principal.
Notre thèse, pour expliquer l'essor de la sorcellerie en ces lieux, repose comme nous l'avons déjà dit sur le fort pouvoir évocateur qu'ils dispensent. Les légendes, l'atmosphère ont préparé les esprits. L'ennui des longues soirées sans distractions, parfois rehaussé par les histoires racontées à la lueur changeante des veillées, laisse vagabonder l'imagination. Le vin enfin, autrefois plus absorbé que dégusté, pour tromper l'ennui, amplifie l'imaginaire. Et les villageois parmi les plus marginaux du village, comme il en existe partout, font ici les frais de cette étrange alchimie et se voient affubler les fonctions de sorcières... ou de sorciers.
La mise en scène sera de la même façon bâtit en crescendo : comme l'imaginaire s'enflamme sous l'emprise grandissante de l'alcool, le rythme ira croissant au fur et à mesure que le personnage principal s'enivrera; et l'image se concentrera petit à petit sur le feu, pour finir dans un grand brasier sabbatique.
A propos, savez-vous ce qu'est le thé d'octobre ? Et bien il s'agit tout simplement de la boisson qui se récolte en automne, dans le vignoble, qui mûrit quelques mois en tonneaux et finit ensuite par enflammer les esprits...
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