Synopsis
Dans un bois s'avancent deux enfants. Au détour d'un sentier, ils tombent sur une croix en bois surmontée d'un casque de soldat. L'aîné s'arrête net, et retient sa petite sœur.
"Dis, tu crois que papa il le savait, qu'il était un héros ?"
Sur une série de plans du site du Vieil Armand, un narrateur présente le site et son histoire. On le découvre ensuite, devant un groupe de touristes dans le cimetière du Hartmannswillerkopf (HWK).
Le guide, ou narrateur, interviendra tout au long du film, en voix off (en italique dans la suite du texte).
Les combats ont démarrés presque par hasard, et se sont amplifiés jusqu'à atteindre un summum début 1916, où 27 000 bombes tombèrent en un jour sur une dizaine d'hectares. Il n'y avait pas de véritable raison stratégique pour maintenir les combats, mais plutôt une fierté exacerbée de chaque coté.
Une fillette déchiffre des inscriptions sur une croix : "Victor MEYER, 152° RI".
Au loin le guide explique : "chaque croix correspond à une vie, fauchée au cœur de l'âge…"
Un jeune soldat vient de recevoir un impact de balle. Il tombe au ralenti dans la neige, sur un fond sonore mêlant le Requiem de Duruflé, la voie d'une mère qui appelle "Victor, Victor", les rires d'une femme, les cloches d'une église, des cris de bébé, … L'image se brouille, comme salie par le sang qui coule. La neige se met à tourbillonner, de plus en plus fort.
Les tourbillons de neige deviennent moins denses, on devine les pieds d'un soldat marchant dans la forêt. Il arrive dans un village, s'arrête devant une maison, hésite, puis rentre.
Les tranchées, autant dire l'enfer, étaient tout près du foyer, ce qui s'ajoutait au désespoir des soldats.
Il est encore très jeune. A l'intérieur, une jeune femme, debout, un nourrisson dans les bras, un tout petit garçon accroché à sa jupe. Le cri fuse de sa gorge : "Victor !" et aussitôt elle porte un torchon à sa bouche. Ils se regardent sans un mot.
Soudain, la voix d'un vieux, caché par la pénombre, retentit (en alsacien): "Qu'est-ce que tu fais là, toi ? Ta place, c'est là-bas. Retournes-y !"
Il est difficile de se placer dans le contexte de l'époque, qui voulait pourtant que, tout héroïsme à part, il fallait participer à la guerre.
Des soldats sont assis dans une tranchée, le regard hagard, malades. Le médecin refuse toute maladie. Le seul remède : du vin.
L'ennui et la fatigue submergeaient les soldats. Parfois cependant, l'humanité prenait le dessus. Les tranchées étaient très proches les unes des autres…
Des boutons de vareuse décorent un sapin de noël, dans une tranchée allemande : des soldats chantent "Stille Nacht". Un soldat saisit une bouteille de schnaps, sort de sa tranchée et appelle, en français : "eh, les français, vous voulez du schnaps ? ". Une tête de soldat français sort de la tranchée toute proche. Il prend le schnaps et donne en échange des cigarettes.
La fraternité ne dure qu'un temps. Les états –majors se rendirent vite compte qu'il fallait du sang neuf et des hommes plus hargneux pour remporter des positions.
Un peu plus tard, un soldat de la tranchée adverse sort la tête et lance : "Eh, Frantz, t'as encore des cigarettes ?" Une rafale de fusils lui répond, il retombe instantanément en arrière.
Un jeune officier, l'air hautain et décidé, parcours la tranchée, suivi par des soldats "tout frais". Entre chaque ancien, il place un nouveau.
Les soldats se passent un message : "Ca sera à 10h20". Loin d'être impatients, assis sur leurs bancs, ils sont comme vidés, absents.
L'attente, c'était le pire. Les soldats espéraient follement que l'assaut soit reporté…
L'officier regarde sa montre. Il est 10h20, il donne le signal de l'assaut. Les soldats rassemblent leur énergie et sortent de la tranchée. Victor s'y reprend à trois fois avant d'arriver à se hisser hors du mur de boue. Il crie comme s'il vomissait tout ce qu'il lui restait de vie. Autour de lui, des soldats tombent, sans un cri.
Une balle le cueille à son tour en plein mouvement. Il s'affaisse dans la neige. Ses yeux embués de sang expriment aussi le soulagement du repos.
Retour sur le groupe de touristes et le guide. La petite fille se tourne vers une autre croix et en déchiffre également le nom.
"Ils étaient une multitude. Chaque croix est une vie…"
Zoom arrière. Le groupe de touristes est déjà un peu plus loin. Le zoom arrière devient plus rapide, pour laisser découvrir le cimetière dans son immensité.
"Chaque croix est un drame, à elles toutes elles représentent une somme de souffrance : ils étaient plus de 30 000, ici…"
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