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HWK, la mangeuse d'hommes |
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Note d'intention
Il n'y a pas si longtemps le Hartmanswillerkopf, appelé aussi Vieil Armand, n'était qu'une montagne comme les autres. Puis vint l'horreur. Un déluge de fer et de feu, de sang et de larmes, de cris et de gémissements. Et de silence aussi.
[…] Quelques mois de folie ont suffi à transformer une forêt en un paysage de cratères et de débris - on pourrait dire lunaire si le sol n'était pas également nourri de chair et de sang. Après la guerre, fleurirent les cimetières. Pour chaque tombe un cadavre mais chaque mort n'eut pas sa tombe : 30, 50, 100 000 morts ? On ne sait pas exactement mais il semble plausible que 40 000 soldats français et au moins autant de soldats allemands soient restés à jamais sur cette colline.
A jamais ? Pas tout à fait, car rapidement les cimetières ont été regroupés dans les vallées à Guebwiller, Thann et Cernay. Et la nature reprit ses droits. Mais toujours les traces du carnage subsistent. Elles sont remises à jour petit à petit par des hommes qui pensent que les hommes ne doivent pas oublier. Ne pas oublier les 80 000 sacrifiés, ne pas oublier que toute guerre se paie en vies humaines, ne pas oublier qu'encore aujourd'hui...
(Extrait du livre de Bruno Liénard et Daniel Ziegler "A l'ombre du Grand Ballon", éd. Coprur)
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Le sujet
Juché sur les hauteurs de Cernay, dans le Haut-Rhin, le
Hartmanswillerkopf est emblématique de la folie de la Grande Guerre.
Sorte de Verdun alsacien, au même titre que le col du linge, il a été
le théâtre de combats extrêmement meurtriers, dont les cicatrices sont
encore très visibles aujourd'hui. Et pourtant l'enjeu s'est révélé
rapidement nul : il n'y avait finalement aucun intérêt à conquérir
cette colline, que l'on a surnommée par la suite "la mangeuse
d'hommes"…
A notre connaissance, aucun film n'a jamais été réalisé sur ce site,
qui est lui-même peu connu du grand public non local. Il abrite
pourtant l'une des rares nécropoles nationales de la "Grande Guerre".
Ce projet constitue donc à la fois une première, et une réparation de
l'oubli qui affecte les batailles alsaciennes en général, et celle du
Hartmannswillerkopf en particulier.
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Les choix artistiques
Notre film veut donc rappeler ces combats, exprimer leur abominable
inutilité, tout en les replaçant dans le contexte de l'époque. Mais il
veut également témoigner de ce que fut le sacrifice de ces soldats,
alsaciens, français ou allemands. Nous avons choisi pour cela
d'utiliser deux fils narratifs solidement imbriqués. Le premier utilise
la visite guidée, à l'époque actuelle, du site du Vieil Armand. Le
deuxième montre les derniers jours d'un jeune soldat alsacien se
battant dans les rangs français. Ce mode narratif permettra de
juxtaposer avec souplesse la force émotionnelle de la fiction et
l'information documentaire.
Reste à éviter que cette dernière ne brise l'émotion fictionnelle.
C'est la raison des choix essentiels qui sont exposés ci-dessous.
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Les scènes actuelles seront bien traitées sur le mode
fictionnel, même si la finalité est plutôt d'apporter un éclairage
documentaire. Le personnage principal sera donc interprété par un
acteur, dont les textes seront travaillés avec les historiens du site
(nous sommes en relation étroite avec l'association "les Amis du
Hartmannswillerkopf", qui oeuvre depuis des décennies sur les
vestiges). Il interviendra le plus souvent en voix off, mais pour qu'il
n'y ait pas de rupture entre cette voix désincarnée et les scènes de
tranchées représentées à l'image, il est impératif que le ton de cette
voix se fasse, imperceptiblement, de plus en plus émotive. Petit à
petit, le guide ne parle plus à ses touristes ou aux spectateurs, mais
il sera la voix des soldats.
On pourrait imaginer que le guide du Hartmannswillerkopf ait été très
proche du soldat dont on raconte l'histoire ; peut-être est-il son fils
ou son petit-fils…
Il sera tiré parti, dans ces scènes, des jeux de perspective qu'offrent
les alignements des croix des cimetières militaires. Ce choix n'est pas
purement artistique, mais il illustre surtout un trait essentiel de
notre propos : nous montrons l'histoire d'un seul soldat, mais ils
étaient des milliers, une multitude…
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Les scènes de guerre, nous l'avons dit, seront centrées sur un
personnage : un très jeune soldat, cependant déjà père de famille. La
scène de l'escapade au foyer, celle de la trêve de Noël, sont autant de
moments qui offrent un peu d'espoir et échappent à l'ambiance boueuse
habituelle aux scènes de tranchées. L'ensemble sera d'ailleurs filmé
sous la neige, à la fois blanche et pure, mais silencieuse et froide
comme la mort.
Les couleurs seront presque éteintes, tirant l'image vers un noir et blanc aux reflets gris bleu.
Les sentiments qu'exprimeront les acteurs, loin de l'héroïsme ou de la
rage de se battre, sera la fatigue, la peur de l'attente, l'envie d'en
finir. Aussi la scène de l'assaut sera-t-elle filmée comme une
délivrance, comme si les soldats allaient chercher les balles qui vont
les tuer.
Le décor des tranchées sera entièrement recréé sur un terrain nu, sans
arrière plan. Le foyer du soldat sera l'une des maisons de l'écomusée
d'Alsace.
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Le son aura dans ce film une importance particulière. L'utilisation du Dolby Stéréo habillera les transitions entre les deux fictions, les bruits de la guerre chassant, dans l'espace sonore, les commentaires du guide.
La musique choisie, peu connue, est le Requiem de DURUFLE, dont le son contemporain exprime cependant une très grande émotion. Elle s'opposera, dans la scène de l'assaut, au silence accompagnant l'assaut proprement dit, et au bruit infernal qui explosera lors de l'impact de la balle.
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